À Paris, un dessert traverse les siècles sans prendre une ride. Le baba au rhum de la Maison Stohrer n’est pas seulement une douceur célèbre. C’est aussi un morceau d’histoire, encore vendu aujourd’hui dans une boutique ouverte en 1730. Oui, près de 300 ans plus tard, il attire toujours les gourmands.
Un dessert né d’une vraie histoire de cour
Tout commence avec Nicolas Stohrer, pâtissier né en 1706 en Alsace. Il travaille d’abord pour le roi Stanislas Leszczynski de Pologne. Un jour, le roi rapporte une brioche polonaise jugée trop sèche. Stohrer décide alors de la transformer.
Il l’arrose de vin de Malaga, ajoute du safran, puis une crème pâtissière. Il complète le tout avec des raisins frais et des raisins secs de Corinthe. Le roi adore. Il donne même un nom à cette création, l’Ali-baba.
Le moment où le rhum change tout
Quelques années plus tard, la fille du roi Stanislas, Marie Leszcynska, épouse Louis XV. Nicolas Stohrer la suit à Versailles. Et là, l’histoire du dessert prend un vrai tournant. Le rhum arrive des Antilles. Il devient très recherché en Europe.
Stohrer garde l’idée de départ, mais remplace le vin par ce nouveau parfum venu d’ailleurs. Le résultat est plus marqué, plus chaud, plus généreux. Le baba au rhum tel qu’on le connaît naît à ce moment-là. Et il ne quittera plus vraiment les tables françaises.
Pourquoi ce dessert plaît encore autant
Le succès du baba au rhum tient à quelque chose de très simple. Il est moelleux, parfumé et réconfortant. Il a ce côté à la fois ancien et festif qui plaît encore aujourd’hui. On sent l’alcool, le sucre, la crème, et cette petite profondeur qui surprend à chaque bouchée.
Il y a aussi un contraste très fort. Le gâteau paraît discret au premier regard. Puis il se révèle en bouche, avec un goût intense et une texture presque fondante. C’est souvent ce genre de dessert qui reste en mémoire.
La boutique historique de la rue Montorgueil
En 1730, Nicolas Stohrer quitte la cour et ouvre sa pâtisserie au 51 rue Montorgueil, à Paris. À l’époque, le quartier est vivant, populaire, plein de commerces de bouche. Un endroit parfait pour vendre des douceurs à une clientèle pressée, curieuse et gourmande.
La boutique existe toujours. Elle est même classée parmi les monuments historiques. Son décor, signé Paul Baudry, ajoute encore au charme du lieu. On ne vient pas seulement y acheter un dessert. On vient aussi toucher du regard un vrai fragment du passé parisien.
Ce qu’il faut savoir avant d’y aller
Si vous passez dans le quartier, l’adresse reste une halte très agréable. La boutique historique se trouve au 51 rue Montorgueil, 75002 Paris. La Maison Stohrer possède aussi d’autres adresses. Les informations pratiques sont disponibles sur son site officiel.
Sur place, vous trouvez bien sûr le baba au rhum, mais aussi d’autres pâtisseries emblématiques. C’est le genre d’endroit où l’on hésite longtemps devant la vitrine. Et où l’on finit souvent par repartir avec plus d’une gourmandise.
La recette du baba au rhum, version simple à faire chez vous
Vous voulez retrouver cet esprit à la maison ? Voici une version facile, avec des quantités claires. Ce n’est pas la recette historique exacte, mais elle garde l’idée essentielle. Un gâteau moelleux, bien imbibé, avec une crème douce et un parfum de rhum.
Ingrédients pour 6 personnes
- 150 g de farine
- 3 œufs
- 60 g de sucre
- 60 g de beurre fondu
- 10 g de levure de boulanger fraîche
- 3 cl de lait tiède
- 1 pincée de sel
- 30 cl d’eau
- 150 g de sucre pour le sirop
- 10 cl de rhum ambré
- 25 cl de crème liquide entière bien froide
- 2 cuillères à soupe de sucre glace
Préparation
Commencez par délayer la levure dans le lait tiède. Dans un saladier, mélangez la farine, le sucre et le sel. Ajoutez les œufs, puis le mélange levure-lait. Travaillez la pâte jusqu’à ce qu’elle soit lisse.
Incorporez ensuite le beurre fondu. Mélangez encore quelques minutes. Versez la pâte dans un moule à baba beurré. Laissez lever environ 1 heure dans un endroit tiède. La pâte doit gonfler nettement.
Faites cuire à 180 °C pendant 20 à 25 minutes. Le baba doit être bien doré. Pendant ce temps, préparez le sirop avec l’eau et le sucre. Portez à ébullition, puis retirez du feu et ajoutez le rhum.
Quand le gâteau est tiède, démoulez-le et arrosez-le petit à petit avec le sirop. Il doit tout absorber sans se casser. Montez la crème liquide en chantilly avec le sucre glace. Servez le baba avec une belle cuillerée de crème.
Un dessert ancien, mais toujours très moderne
Ce qui frappe avec le baba au rhum, c’est sa longévité. Peu de desserts gardent une telle place pendant trois siècles. Il a traversé les modes, les goûts et les époques sans disparaître. Mieux encore, il a gardé son identité.
Dans un monde où tout va vite, ce genre d’histoire fait du bien. Un pâtissier, une idée, une cour royale, puis une boutique qui tient bon au cœur de Paris. Le baba au rhum n’est pas seulement une recette. C’est une mémoire sucrée, encore bien vivante.










